Le playground, c’est le basket à l’ancienne. Vintage comme un vinyle de 200 grammes.

Old school comme une clause stipulant « l’amour du sport » dans votre contrat, vous permettant de jouer sur n’importe quel playground sans qu’on vous en tienne rigueur. Toute la symbolique n’est à présent plus la même et cela a une incidence sur le sport. À tellement de niveaux. À tous les niveaux.

La passion transmise par Michael Jordan, sur le terrain et en dehors, parle d’elle-même. J’aime tellement ce sport, que je pourrais jouer n’importe où, n’importe quand et avec n’importe qui. Pour moi, c’est comme si je jouais au niveau professionnel. Autrement dit : jouer au basketball sur les playgrounds est aussi important que de mettre des paniers au Madison Square Garden.

Ça reste la constatation la plus importante :  en dehors des matchs et du rôle que le basket de rue joue dans les carrières et les vies de ceux qui ont atteint les sommets, il reste hors de portée de ceux qui n’ont jamais quitté les playgrounds. C’est la photo de MJ en train de jouer avec des enfants. Avec un mur en briques tagué en toile de fond. Le basketball, sans arrêt.

Magnifique.

Ce sport, c’est une sensation, un état d’esprit. Une connexion et une beauté particulière lorsqu’il est pratiqué loin des projecteurs, de l’impureté du monde des affaires, de la folie et de l’apparat presque indescriptibles. Ces mots ne suffisent pas à rendre justice ou à expliquer.

C’est sur le béton que ça se passe. Sur le bitume. Là où les panneaux de basket en fer flottent dans l’air. Là où les extensions orange, brunes et rouillées de ces panneaux de basket ne sont pas des anneaux, mais des auréoles lumineuses. Là où l’expression « orange is the new black » puise tout son sens.

Comme je l’ai dit plus haut, ce sport est né ici. Et à la fin, il mourra ici. Dans ces rues. Dans ces quartiers. Dans ces endroits où les âmes sont libres. Tout au long de l’histoire du basketball, les terres saintes que l’on appelle les playgrounds ont été l’ADN du basketball et l’ont maintenu en vie.

Quand tout va mal au niveau professionnel, quand l’adoration se transforme en haine dans les ligues majeures, quand les ligues universitaires nous rappellent ce qu’elles sont vraiment, quand les élèves d’école élémentaire commencent à avoir un classement national et apparaissent dans les médias, quand vous ne pouvez pas visionner la compilation ou le spot publicitaire d’un autre joueur, les playgrounds sont et seront toujours un refuge.

Le rebond de la balle résonne littéralement comme un battement de cœur. Les crissements que l’on entend lors des déplacements et des sauts, des arrêts et des démarrages et des changements de direction représentent le son des semelles en quête de liberté. Une liberté qu’on trouve là où il n’y a pas de murs, là où il n’y a aucune limite à la créativité et à l’improvisation. Là où ce sport devient de la poésie ; là où il transcende l’art.

De l’art à Artforum*. Édition Été 2017. Couverture. Anneau, filet, panneau de basket, nuages, ciel. Comme une prière. Comme quelque chose que Dieu a créé, et pas l’Homme.

Le basket de rue est magnifique parce qu’il est personnel.

C’est le sentiment qui vous envahit quand vous voyez un terrain avec des bandes jaunes. Quand vous voyez les terrains dévastés de la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina. C’est le silence à Harlem après le décès de Greg Marius. Ça nous touche tous de la même façon. La même sensation de vide submerge tous ceux d’entre nous qui ont grandi sur ces terrains. Une partie de nous est encore là. Cette partie restera toujours là.

Ce bout de terrain omniprésent où tout ce qui est beau dans ce sport rappelle à notre génération pourquoi nous en sommes tombés amoureux à l’origine. Et pourquoi ce sentiment sera toujours indissociable de chaque sensation qu’on aura par rapport à ce sport.

Rick Telander a simplement appelé ça le paradis.